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25.04.2008

Le roi déchu

C’est une révolte ? Non sire, c’est la révolution ! C’est ainsi que l’on pourrait imaginer la scène entre un Jean Pierre Nicolas surpris et son chef de cabinet effrayé. Tous deux le regard penché, du haut du balcon de l’hôtel de ville, sur la foule qui se presse au soir du deuxième tour des élections municipales. Les quartiers populaires ont parlé et leur verdict est sans appel : Au premier chef d’accusation : Personnalité irrévérencieuse, JP Nicolas est déclaré coupable. Au second chef d’accusation : bilan insatisfaisant, JP Nicolas coupable. Au troisième chef d’accusation : complicité avec le sarkozysme, JP Nicolas coupable ! Devant la foule amassée sur le perron de l’hôtel de ville et dans le hall, c’est donc un homme défait qui comparaît, les traits tendus, les yeux au bord des larmes. Comme quoi, en chaque homme, et même chez les plus insoupçonnés d’entre eux, réside une once d’humanité… Dans un murmure, sitôt étouffé par le tumulte des sympathisants, JPN énoncera, la gorge nouée, les résultats qui marquent sa condamnation définitive. Les scores tombent les uns après les autres, comme un couperet, incisifs. Et en même temps que s’égrènent les chiffres, c’est la tête du chef de cabinet qui tombe puis celle des directeurs de la communication, de la direction générale et bien d’autres encore…  Toutes ces têtes qui se séparent du tronc pour se fracasser contre le sol dans un bruit où ne s’échappe qu’un mot : remercier. De fait, le grand mercato des collectivités locales peut commencer. Le jury populaire s’est exprimé à travers les urnes et la sentence, irrévocable, est immédiatement prononcée. Le bourreau a l’index pointé vers la porte ! Le roi déchu et son équipe sont boutés hors de l’hôtel de Ville ! Nul mot pour sa défense. Fébrile, il se contentera de tourner les talons, pour une dernière fois, admiré Evreux l’ingrate du haut de l’Hôtel de Ville. En fait et aussi haut que fût perché son trône, JP Nicolas n’a jamais été assis que sur son cul ! Ces mêmes fesses que les ébroïciens ont botté à coup de bulletins de vote ! Lui aurais-je dit, l’aurait il compris ?

A l’annonce des résultats, Michel Champredon est porté en triomphe. La mairie vomit, par les portes et les fenêtres, les militants frénétiques. En même temps et même si l’élection de Champredon suscite une grande vague d’espoir, l’essai ne sera vraiment transformé qu’une fois les ébroïciens entendus et considérés.

Le roi est mort, vive le roi ! Michel Champredon devra garder à l’esprit que le peuple souverain, sensible aux qualités humaines de son monarque, fait et défait les hommes au gré du vent et de son humeur…

16.01.2008

Obligation de réserve

Il arrive un temps où l’écriture, aussi incisive soit-elle, suffit à bien décrire les maux qui affectent nos quartiers mais ne parviens pas à les enrayer. Un temps où l’exercice de la plume se conçoit comme un traitement palliatif dans la description de la fracture sociale. Un exercice dont la vertu se limite aux soins sans les moyens de la guérison. La rhétorique, ou l’art de convaincre par le discours, a donc ses limites. Elles sont aujourd’hui perceptibles… Même si cette chronique cherche davantage à décrire plutôt qu’à convaincre. « L’encre du savant est plus précieux que le sang du guerrier. » A rebours de ce proverbe arabe, il me semble opportun de passer du statut de la contestation à celui de l’action. Du combat des idées, il est donc question. Et quel meilleur champ de bataille que celui qui se profile en mars 2008. Vous aurez donc compris, amis lecteurs, que votre humble scribe, témoin quotidien de la marche bancale de nos cités, se met en congé d’écriture pour cause d’élections municipales. Non sans regrets. Car il me revient à l’esprit les échanges, souvent honorables comme celui avec le Préfet. Des échanges parfois vifs mais dans le respect de l’autre, comme ce fût le cas avec la Directrice du GIP sur les missions effectives du Phare. Missions qui ne sont pas sans susciter une moue dubitative tant chez les partenaires que chez les opérateurs associatifs. Puis des discussions enflammées où le devoir de franchise ne rimait que très peu avec le devoir de politesse, à l’image de la joute verbale avec le 1er Vice Président du Conseil Général. Franche mais cordiale.

 

De tous les encouragements reçus par les lecteurs, il en est un qui frappe par sa singularité. Flatteur certes, mais singulier : «… J’aime beaucoup ce que vous écrivez, mais ce qui me surprend, c’est qu’on vous laisse encore écrire… » Et oui Madame, il reste encore des espaces d’expression dont les journaux comme la Dépêche sont les garants. Garants d’une expression libre, d’une voix discordante là où il est habituellement bon ton de verser dans le conformisme. Aussi est-il juste de saluer l’éthique, l’audace et l’originalité d’une rédaction qui nonobstant les pressions, les plaintes et autres supputations douteuses, a su faire prédominer un ton dissonant pour la satisfaction de tous et le mécontentement de quelque uns. En même temps, un discours complaisant est un discours inaudible, sans fraîcheur voire inconsistant. Cette brève n’a d’intérêt que si elle bouscule les convenances, les idées reçues et dans la mesure où elle questionne chacun d’entre nous sur la manière que nous avons de considérer l’autre. Et si cette impertinence offusque certains, alors le pari est gagné ! Car l’indignation marque le début d’un frémissement : celui de la prise de conscience… En attendant mon retour, continuez donc à vous indigner, à trépigner… vous êtes sur la bonne voie : celle de la rédemption !

14.01.2008

Fumer tue

Cette semaine, penchons nous sur les effets de la loi anti-tabac sur nos quartiers. Dans quelle mesure la loi est-elle respectée ? Qu’en est-il des réfractaires éventuels, et des impacts en terme de fréquentation pour les cafetiers ? Nous sommes le 8 janvier, et à  la Madeleine règne une effervescence inhabituelle. Une agitation où se mêle le bruit des machines et les vas et viens incessants des tractopelles et autres pelleteuses. Vous l’aurez compris, les travaux filent bon train sur le quartier. C’est peu de le dire… En fait, c’est le branle bas de combat. Les soldats de la Ville sont présents sur tous les fronts : Une compagnie se charge d’élaguer les arbres, une autre de boucher les nids de poules, une troisième s’affaire à creuser des tranchés… La municipalité a décrétée la mobilisation générale… à la veille des élections !  En tous cas, une chose est sûre, jamais le quartier n’a fait l’objet d’une attention aussi vive.

 

Le Bar-PMU place Kennedy, plus connu sous le sobriquet « chez le chinois » me semble l’endroit indiqué pour évaluer les premiers effets de la loi. Dans ce lieu où naguère la dépendance à la nicotine se prêtait fort bien à une autre dépendance, celle du jeu, il semblait difficile de dissocier le tabac des émotions fortes liées aux courses. Les clients avaient pour habitude d’y consumer leurs poumons et leurs espoirs dans les volutes de fumés.

 

Et pourtant, les premières constatations sont la preuve que les habitudes, aussi forte soient elles, sont réversibles. La cigarette et ses halos de fumés ont disparu. L’air est sain. En même temps, le café est désespérément vide ! J’interroge naturellement M. Lee (Bruce de son prénom, en tous cas c’est ainsi que le prénomme les gars du quartier) sur les conséquences de la loi sur son chiffre. La réponse est sans équivoque : « la fréquentation a diminué de moitié… Néanmoins et avec le temps peut-être les clients reviendront-ils… ». Quand aux réfractaires, M. Lee est tout sauf  zen, d’ailleurs un seul regard suffit à calmer les plus téméraires !

 

Je ne résiste pas à l’envie de vous conter la mésaventure de Yahia, joueur invétéré et victime du français approximatif de la patronne. Voilà des années que notre turfiste joue les mêmes numéros. Ce jour là, le hasard a décidé de se jouer de lui. Un pied de nez au destin qui prend la forme du pied et du nez de la patronne. La malheureuse enregistre les numéros fétiches… mais pas les bons ! Comble de l’horreur, les numéros gagnants sont ceux de Yahia. Furieux, notre ami voudra s’en prendre à la patronne, mais devant l’air menaçant du redoutable Lee, Yahia se ravisera… Voilà ses rêves partis en fumés… et dire qu’il ne pourra pas même griller une clope pour se consoler !!

 
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